L’ENGAGEMENT DU MAROC AU NORD OUEST AFRICAIN : DEFENDRE L’UNITE TERRITORIALE DU MALI

La région du Sahel est devenue une poudrière avec tous les risques de contagion et d’une balkanisation des pays du Nord Ouest africain, une déstabilisation des pays du Maghreb et une menace d’insécurité aux portes de l’Europe méditerranéenne. Pendant que l’incendie se propage et que la confusion générale règne, la tendance à mélanger l’irrédentisme avec le terrorisme et la criminalité brouille les cartes.

L’irrédentisme : sont les tribus touaregs qui réclament depuis longtemps leur autonomie, descendants des populations berbères, ils sont répartis dans les pays vivant au Sud des deux pays du Maghreb (Algérie, Lybie) et dans le Sahel nigérien, malien, et burkinabé. Ils forment une seule communauté berbère dont la langue commune demeure le principal facteur identitaire, qui possède son propre système d’écriture de type consonantique : le Tifinagh.

 Malgré les grandes distances séparant les vastes étendues de nomadisme, il subsiste dans les mentalités de tous les touaregs un sentiment d’appartenance à une même identité socioculturelle. Hommes libres, les touaregs se sont opposés à la conquête coloniale à la fin du XIXème siècle. La riposte de l’occupant a été de les disséminer dans plusieurs pays avec lesquels ils n’ont aucune affinité ni ethnique, ni culturelle. Leurs soulèvements contre les autorités en place s’explique par la raison qu’ils refusent leur statut de citoyens marginaux.

 Une conséquence de la guerre en Lybie, le retour de milliers de combattants touaregs et la prolifération d’armes et d’explosifs. Clivages ethniques, querelles linguistiques, aujourd’hui il paraît difficile d’éviter la fracture identitaire. La politique d’incompréhension menée par les pays ou résident les touaregs a laissé des cicatrices qui doivent être traitées par des remèdes politiques partagés. Il ne s’agit ni de dramatiser ni de nier le phénomène touareg car la passion empêchera de lui trouver la meilleure solution.

 La tension actuelle que ces fissures provoquent, peut sans une solution de l’ensemble des conflits que connaît la région, prendre une dimension inattendue. Sans cette approche c’est la faillite certaine.

 Le terrorisme : l’Algérie est liée à l’insécurité créée par le terrorisme dans la région. L’ancien groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) rebaptisé AQMI en 2007, est un effet issu à l’origine des groupes islamistes armés (GIA) algérien refoulé par une lutte contre l’extrémisme producteur d’une idéologie faite de haine et de violence.

 Une répression pour en finir avec les assassins, les agents de déstabilisation mercenaires de l’étranger. Traqués de partout, les terroristes se réfugient au Sahara où ils y trouvent espace et complicité. Le mode de vie des populations qui habitent ces zones complique souvent le problème « et s’en fou des frontières ». La notion de territoire, et le contrôle et la circulation de ce vaste territoire est fondamentale pour le terrorisme. Le territoire est l’assise, l’occuper c’est exister. On n’a jamais imaginé qu’une poignée d’égarés furieux inspirés par les troubles des années 1990 en Algérie parviendraient à transformer la zone du « Far West ».

La criminalité : Le monde de la criminalité organisée et celui du terrorisme ne sont pas toujours facile à distinguer, il y a pour cela au moins quelques raisons :

  • Le crime organisé et le terrorisme sont surtout intimement mêlés ;
  • De nombreuses passerelles existent entre les deux mondes ;
  • La multiplication des zones de conflit favorise l’extension des zones de non droit. Le contrôle du territoire ne peut s’y exercer de façon satisfaisante, faute d’entente et de coordination. Les terroristes deviennent parfois des bandits, et les bandits des terroristes pour les besoins de leurs affaires.

Les objectifs des irrédentistes, des terroristes, et des criminels se rejoignent aujourd’hui devant une telle coalition monstrueuse. Comment peut on ne pas s’unir pour agir ?
L’heure est à l’universel et au transfrontalier. La géographie est un facteur déterminant en géostratégie. La position stratégique de Tindouf a valu à cet oasis une situation qui permettait de contrôler les vastes territoires du Maroc jusqu’aux frontières avec la Mauritanie, de l’Algérie et du Mali. Au carrefour de plusieurs pistes, Tindouf accueillait chaque année jusqu’aux années 1960, le « mouggar » ; une foire qui permettait aux algériens, mauritaniens, maliens, et marocains d’échanger des produits et renouer leurs contacts.

Depuis sa création en 1852, Tindouf est devenu une étape essentielle dans la route qui relie le Maroc au Mali. L’influence culturelle marocaine au Mali a coïncidé par l’entrée de l’Islam dans ce pays. Cette influence a été certainement à l’origine du départ d’un groupe de lettrés de Tombouctou vers l’université Al Qarawiyine à Fes pour élargir leur connaissance. Depuis que la passerelle culturelle et spirituelle entre le Maroc et le Nord du Mali a été coupé, le repli vers la Lybie et l’Orient de jeunes intellectuels maliens, partis pour étudier de profondes divisions, sont apparues au sein de la communauté musulmane malienne. Aux traditions respectueuses de l’Islam soufiste, qui irrigue depuis des siècles la religiosité populaire, sont venues s’opposer les tendances wahabites extrémistes qui, pour prouver leur prééminence, ont saccagé des mausolées des Saints à Tombouctou « acte d’un autre âge » imitant les talibans d’Afghanistan ». Voilà pourquoi la frontière faite souvent du « sang des Hommes » constitue une barrière artificielle, fruit de l’égoïsme et l’haïssable.

Le défunt président Houari Boumediene a senti à la fin de sa vie le danger qui risque de provenir de l’installation des camps du Polisario à Tindouf. En réponse à une question de Paul Balta, correspondant du Monde à Alger : « Ne pensez-vous pas que le  front Polisario pourrait revendiquer Tindouf et sa région ? », le défunt président répondit : « Votre raisonnement est logique, vos questions sont pertinentes, ce sont des éventualités qui pourraient se présenter, si c’était le cas, nous verrions à ce moment là. Ce sera aux peuples de décider. »

Les craintes de feu Boumediene s’avèrent de plus en plus réelles. Un recensement des populations des camps de la Humada révélera que dans ces camps habitent beaucoup plus de mercenaires criminels que de vrais réfugiés sahraouis. Il est regrettable que des dirigeants algériens aient continué à biaiser avec la réalité, et avec ce qui se passe dans la région on espère qu’ils comprendront combien leurs calculs étaient erronés. Malgré les obstacles géographiques et politiques, l’engagement du Maroc en Afrique et particulièrement au Nord Ouest africain n’a jamais été démenti, il s’est manifesté et, est continu à tous les niveaux, militaire, économique, et humanitaire. Il le tiendra, quelques soient les conditions pour la sauvegarde de l’unité territoriale du Mali.
En raison des graves dangers qui prévalent dans la région, seule une intervention militaire internationale peut venir à bout de la tension et éviter une déflagration qui ne se limitera pas au territoire malien.
Le Maroc soucieux de ses engagements internationaux sera le premier à répondre à l’appel.

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