Le legs incertain de cheikh Yassine

yassineCheikh Abdeslam Yassine s’est éteint le 13 décembre après un long parcours à la tête du mouvement islamiste Al Adl Wal Ihsane (Justice et Bienfaisance), pour finalement léguer à ses disciples un héritage qui ne manquera certainement pas de susciter les dissensions.

D’ores et déjà, cette association interdite mais tolérée, se retrouve confrontée à des divisions internes qui risquent de s’accentuer avec l’épineuse guerre de succession. Pourtant, son chef spirituel tablait sur le printemps arabe et les mouvements de protestation au Maroc pour se propulser au pouvoir. Finalement, c’est la grande déception chez la plupart des dirigeants et des militants d’Al Adl Wal Ihsane. Leurs rêves adossés au mouvement des jeunes protestataires du 20 février, se sont vite effondrés comme un château de cartes avec l’extinction de ce mouvement. Même Nadia Yassine, la tonitruante fille du Morchid (guide) qui prétendait à la succession de son père, a été, ces derniers temps, totalement marginalisée et écartée des instances dirigeantes de la Jamaâ. En septembre dernier, elle a été forcée de démissionner de son poste à la tête de la section féminine du mouvement, dont elle est pourtant la fondatrice. La détérioration de l’état de santé du cheikh Yassine a facilité cette mise à l’écart qui, explique-t-on dans les milieux proches du mouvement, ne fait que traduire le mécontentement aussi bien des dirigeants du mouvement que de la majorité des jeunes militants de la chabiba (jeunesse) de la Jamaâ.
Ainsi depuis pas mal de temps, des rivalités acerbes pour la succession opposent déjà deux clans rivaux, le premier piloté par l’homme fort du Cercle politique, Fathallah Arsalane, à la fois son président et le porte-parole de l’association et le second conduit par Nadia et son mari, Abdellah Chibani membre du secrétariat général. Les jeunes adlistes qui, en coulisse, se disent déçus par le legs de l’ère Yassine, veulent profiter, eux aussi, de cette transition pour imposer leurs points de vue.
D’autres plus osés racontent en off, que leur guide spirituel a tout le temps vécu de ses étranges « visions », dont il a fait un mode d’action politique. Il avait prédit à ses adeptes que 2006 serait «l’année de la Qawma» (insurrection populaire). Selon un membre du cercle rapproché de Yassine, ce dernier prétendait rencontrer régulièrement le prophète Mohammed. Mieux encore, il racontait que l’Archange Gabriel décrivait dans le détail sa version occulte de la révolution. Selon cette version illuminée de l’histoire, «le Maroc allait être plongé dans des révoltes populaires sans fin, ce qui poussera l’armée à tirer pour rétablir l’ordre. Après une période de troubles assez sévères, l’armée (sous pression des islamistes) devrait transférer le pouvoir à Yassine et ses adeptes », explique sans sourciller un adliste.
N’ayant rien vu venir, les jeunes militants du mouvement ont décidé de se faire entendre pour réclamer un vrai parti politique au lieu de continuer à militer dans la clandestinité. Pour eux, l’heure a sonné pour une rébellion contre le long diktat improductif et stérile qui leur a été imposé par Cheikh Yassine et sa vieille garde.

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